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Terre en souffrance au Bénin: l'alerte du géographe Sègla Mathieu Romaric Toviehou

Terre en souffrance au Bénin: l'alerte du géographe Sègla Mathieu Romaric Toviehou

À l’occasion de la Journée mondiale de la Terre, célébrée chaque 22 avril, les questions environnementales reviennent au cœur des débats publics. Au Bénin, la santé des terres suscite une inquiétude grandissante face à leur dégradation progressive, à l’épuisement des sols et aux pratiques agricoles peu durables. Dans cet entretien, le géographe naturaliste Sègla Mathieu Romaric Toviehou dresse un état des lieux sans complaisance, analyse les conséquences concrètes pour les populations et appelle à des actions urgentes impliquant aussi bien les pouvoirs publics que les collectivités locales et la jeunesse. 

Une pression accrue sur des terres fragilisées

Au Bénin, les terres agricoles subissent une dégradation continue sous l’effet conjugué de la pression démographique, de l’agriculture extensive et du changement climatique. Selon Sègla Mathieu Romaric Toviehou, cette situation se traduit par une baisse progressive de la fertilité des sols, notamment dans les zones fortement exploitées du sud et du centre du pays. « Les terres s’appauvrissent, perdent leur matière organique et deviennent de moins en moins productives. Cela oblige les agriculteurs à étendre les surfaces cultivées, souvent au détriment des forêts », explique-t-il. Cette dynamique accélère la déforestation et expose davantage les sols à l’érosion, aggravant ainsi leur dégradation. À cela s’ajoutent les effets du dérèglement climatique, marqués par l’irrégularité des pluies et la multiplication des périodes de sécheresse. 

Des impacts directs sur les populations

La dégradation des terres n’est pas qu’un enjeu environnemental : elle affecte directement les conditions de vie des populations. La baisse des rendements agricoles entraîne une diminution des revenus pour les producteurs, accentuant la précarité en milieu rural. « Quand les sols sont pauvres, les récoltes diminuent. Cela a un impact sur la sécurité alimentaire, mais aussi sur les revenus des ménages », souligne le géographe. Dans certaines localités, les populations sont contraintes de migrer vers d’autres zones plus fertiles, ce qui crée de nouvelles pressions foncières et parfois des tensions sociales. Par ailleurs, l’utilisation excessive d’engrais chimiques pour compenser la perte de fertilité contribue à long terme à la dégradation des sols et à la pollution des eaux. 

Journée mondiale de la Terre : un impact encore limité

Si la Journée mondiale de la Terre permet de sensibiliser l’opinion publique, son impact réel reste encore limité sur les politiques publiques et les comportements des citoyens. « C’est une opportunité importante pour attirer l’attention, mais les actions restent souvent ponctuelles. Il faut aller au-delà des discours et inscrire les initiatives dans la durée », estime Sègla Mathieu Romaric Toviehou. Selon lui, le véritable défi réside dans la mise en œuvre effective des politiques environnementales et dans leur appropriation par les populations. 

Des actions urgentes pour restaurer la fertilité des sols

Face à l’urgence, plusieurs mesures doivent être mises en œuvre à court terme. Le spécialiste insiste sur la promotion de pratiques agricoles durables, telles que l’agroécologie, la rotation des cultures et l’utilisation de fertilisants organiques. « Il faut restaurer la vie des sols. Cela passe par le compostage, l’intégration de légumineuses et la réduction de l’usage des produits chimiques », recommande-t-il. La reforestation et la protection des zones sensibles apparaissent également comme des priorités pour limiter l’érosion et préserver les ressources naturelles. 

Jeunes et collectivités locales : des acteurs clés

Pour relever ces défis, l’implication des jeunes et des collectivités locales est essentielle. Les jeunes, de plus en plus sensibles aux questions environnementales, peuvent jouer un rôle moteur dans la sensibilisation et l’adoption de pratiques durables. Les communes, quant à elles, disposent d’un levier important à travers la gestion des ressources naturelles et l’aménagement du territoire. « Les solutions doivent venir du terrain. Les collectivités locales sont en première ligne pour mettre en œuvre des actions concrètes et adaptées aux réalités locales », insiste le géographe. 

Vers une prise de conscience collective

Au-delà des initiatives ponctuelles, Sègla Mathieu Romaric Toviehou appelle à une prise de conscience collective face à l’état critique des terres au Bénin. La préservation de ces ressources apparaît aujourd’hui comme un enjeu vital pour garantir la sécurité alimentaire et le développement durable du pays. « La terre est notre premier capital. Si nous ne la protégeons pas, nous compromettons notre avenir », conclut-il. 

Charles HONVOH

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