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Propriété intellectuelle a l’ère du numérique en Afrique :La réflexion du Dr Armand Aidjo sur la protection des créateurs

Propriété intellectuelle a l’ère du numérique en Afrique :La réflexion du Dr Armand Aidjo sur la protection des créateurs

La Propriété intellectuelle à l'ère du numérique en Afrique. C’est la réflexion du Dr Kpadonou Armand Aidjo, Expert en gouvernance numérique, Droit du numérique & Intelligence artificielle. Dans son analyse, il a abordé la question de la protection des créateurs en Afrique dans un monde où l’artiste peut voir son œuvre pirater, reformater et monétisée par un algorithme étranger avant même d'avoir signé un contrat avec un label local. Lisez ci-dessous, son développement.

Wilfried AGNINNIN 

Tribune 1 -Propriété intellectuelle à l'ère du numérique en Afrique : nos créateurs sont-ils protégés ?

En Afrique, un artiste peut voir son œuvre pirater, reformater et monétisée par un algorithme étranger avant même d'avoir signé un contrat avec un label local.

Voilà la réalité que vivent des milliers de créateurs africains musiciens, cinéastes, développeurs, designers à l'heure du numérique. Et pourtant, la question de la protection de leur propriété intellectuelle reste tragiquement marginale dans nos débats publics. Il faut le dire sans détour : nos créateurs ne sont pas protégés, et cette lacune est autant juridique que politique.

Le cadre international de la propriété intellectuelle repose sur les Accords de l'OMC sur les ADPIC et les traités de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). La plupart des États africains les ont ratifiés. Mais ratifier un traité et l'appliquer sont deux choses différentes. Dans les faits, les offices nationaux de propriété industrielle manquent de moyens, les tribunaux compétents sont rares, et la culture du droit d'auteur est quasi inexistante dans l'espace numérique.

La révolution du streaming illustre parfaitement ce paradoxe. Des plateformes comme YouTube, Spotify ou TikTok génèrent des milliards de dollars grâce à des contenus africains comme l'afrobeats, le coupé-décalé, le ndombolo, l'animation africaine. Mais la redistribution vers les ayants droits africains reste dérisoire, faute de sociétés de gestion collective efficaces, d'accès aux outils d'enregistrement numérique des œuvres, et de compétences juridiques adaptées au droit du numérique.

J'estime que l'Afrique doit traiter la propriété intellectuelle numérique comme un enjeu stratégique de développement économique, au même titre que les infrastructures ou la fiscalité. Cela implique d'abord de renforcer les capacités des offices nationaux pour l'enregistrement en ligne des œuvres, de former des avocats spécialisés en droit du numérique, et de négocier collectivement avec les grandes plateformes pour imposer des conditions équitables de rémunération.

L'Union africaine a fait un pas dans cette direction avec son agenda numérique, mais les actes concrets tardent. En attendant, chaque œuvre africaine qui circule sans attribution, sans rémunération, sans protection est une double perte : une perte économique pour son auteur, une perte culturelle pour notre continent.

Il faut reconnaître que la créativité africaine est l'une des ressources les plus exportées et les moins rémunérées du monde. Corriger cette injustice commence par décider, enfin, que la loi protège les créateurs pas seulement sur le papier, mais dans la réalité numérique quotidienne.

Protéger nos créateurs, c'est investir dans la souveraineté culturelle du continent.

J’ai pensé et dis !

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