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Jeunesse béninoise et le livre: bibliothèques désertées, librairies fantômes

Jeunesse béninoise et le livre: bibliothèques désertées, librairies fantômes

Longtemps considérée comme un pilier de la réussite scolaire et de l’épanouissement intellectuel, la lecture semble perdre du terrain auprès de nombreux jeunes Béninois. Dans les bibliothèques et les librairies, les rayons sont souvent plus silencieux qu’autrefois. Entre manque d’intérêt, contraintes économiques et nouvelles habitudes de consommation de l’information, professionnels du livre et apprenants sont au cœur des raisons d’un phénomène qui interpelle.

Ahouéfa Bernidolle Gwladys AKAKPO (Stagiaire)

Dans une bibliothèque, le silence est habituel. Mais lorsque ce silence s’accompagne de salles presque vides et d’ouvrages qui restent des semaines, voire des mois, sur les étagères, il devient révélateur d’une autre réalité. 

Pour Odilon Agossou, libraire, qui ne reçoit que des parents d’élèves : « Les jeunes n’aiment plus prendre le temps de lire ». Les achats concernent essentiellement les manuels scolaires et les ouvrages directement liés aux programmes d’enseignement. 

Francel Sèna Loko, responsable de la bibliothèque Caeb, attribue cette tendance à de multiples facteurs. Pour lui : « La raison qui entrave le plus le goût de la lecture chez les apprenants, c’est l’avènement des nouvelles technologies ». Au-delà de cela, il souligne que les parents et les enseignants ont une part de responsabilité. « Aujourd’hui, les parents ne lisent plus, les encadreurs aussi. Nous avons donc des difficultés à transmettre ce goût de la lecture aux apprenants ». 

Bibliothécaires et libraires dressent un constat partagé : les jeunes fréquentent moins les espaces de lecture et achètent peu de livres destinés à la lecture de loisir.

Mariam Gouore, élève en classe de Première D, qui n’est pas très friande de livres, avoue : « Je n’aime pas trop lire ». Ses raisons sont très variées. « Si je veux lire, j’ai des maux de tête et de la paresse. Aussi, on est tout le temps connecté sur Facebook, WhatsApp et TikTok », avoue-t-elle.

Pourtant, la jeunesse béninoise n’a jamais eu autant accès à l’information. Les étudiants et les élèves consultent quotidiennement des contenus variés, mais la lecture suivie d’un roman, d’un essai ou d’un ouvrage de culture générale tend à s’effacer de leurs habitudes. Les livres sont souvent ouverts à l’approche des examens, puis refermés une fois les évaluations terminées. La jeune Mariam Gouore affirme ne même pas avoir lu d’ouvrage en classe. 

Auprès des jeunes, les explications sont multiples. Les enseignants observent les conséquences de cette réalité en classe. Ils relèvent un vocabulaire parfois limité, des difficultés à construire une argumentation et une baisse de l’intérêt pour les œuvres littéraires. « Les copies sont souvent bourrées de fautes à cause du manque de culture livresque », affirme un professeur de français.

Bien que les bibliothèques multiplient les cafés littéraires, les concours et les clubs de lecture, elles n’accueillent que des friands d’écrans. Si le livre reste un outil incontournable de connaissance, il doit aujourd’hui trouver sa place dans un environnement où l’attention est sollicitée de toutes parts. Les acteurs du secteur estiment que la famille, l’école, les bibliothèques et les librairies ont chacun un rôle à jouer pour faire de la lecture une pratique régulière plutôt qu’une simple exigence scolaire.

Lorsque les livres prennent de la poussière sur les rayons, ce ne sont pas seulement des pages qui restent fermées. Ce sont aussi des idées qui circulent moins, des imaginaires qui s’appauvrissent et des occasions d’apprendre qui s’éloignent. Derrière les couvertures immobiles des bibliothèques et des librairies se cache un défi majeur : redonner au livre une place durable dans le quotidien de la jeunesse béninoise. 

Dans toutes ces interventions, un ennemi revient à chaque fois : le numérique. Mais est-il vraiment un adversaire ?

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