Le Parlement de la Cédéao a consacré, ce jeudi 30 juillet 2026 à Cotonou, l’avant-dernière journée de sa réunion délocalisée aux acteurs des marchés urbains du Bénin, véritables animateurs des micro, petites et moyennes entreprises (Mpme). À travers une séance de travail avec les responsables tenu au marché de friperie de Pk3 à Cotonou, les députés communautaires ont recueilli les préoccupations des commerçantes et commerçants relatives aux tracasseries aux frontières, à l’accès au financement et aux défis liés à la formalisation des activités. Une démarche participative qui traduit la volonté du Parlement de la Cédéao de rapprocher les décisions communautaires des réalités quotidiennes des citoyens.
S.A.A
La rencontre organisée au marché PK3 à Cotonou aura constitué un moment fort de dialogue entre les représentants de l’institution régionale et les acteurs économiques de proximité. En effet, les députés du Parlement de la Cédéao ont choisi d’écouter directement celles et ceux qui font battre le cœur du commerce régional. Pour Anastasie Chodaton, présidente des femmes du marché PK3 et représentante des femmes des marchés du Bénin, cette initiative du Parlement de la Cédéao répond à une attente longtemps exprimée par les commerçantes. Elle a salué le déplacement des parlementaires à Cotonou, estimant que les difficultés des acteurs des marchés doivent être entendues au plus haut niveau de la gouvernance régionale. A l’en croire, l’un des grands défis demeure l’effectivité de la libre circulation des biens et des personnes, pourtant consacrée par les textes de la Communauté. Les commerçantes continuent de faire face à des obstacles lors des déplacements transfrontaliers, alors même que leurs activités participent au dynamisme économique des pays membres. « La libre circulation doit réellement profiter aux marchands et aux marchandes », a-t-elle défendu, appelant les parlementaires du Parlement de la Cédéao à contribuer à la recherche de solutions durables aux tracasseries rencontrées sur les corridors régionaux.
Présidium
Les élus interpellés
Elle a également évoqué la question de l’assainissement des frontières, considérée comme une préoccupation majeure pour les vendeuses qui traversent régulièrement les espaces communautaires pour leurs activités commerciales. Pour elle, l’intégration régionale ne peut être une réalité que si les petits commerçants bénéficient concrètement des avantages liés à leur appartenance à l’espace Cédéao. Abordant la question du financement, Eustache Acheninan a attiré l’attention des députés communautaires sur les difficultés d’accès au crédit auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes entrepreneures. Les ambitions de développement des Mpme resteront limitées sans des mécanismes financiers adaptés aux réalités des acteurs économiques de terrain. « Quand elles veulent démarrer leurs activités ou renforcer celles qui existent déjà, elles ont besoin d’un accompagnement financier », a-t-il souligné, plaidant pour des solutions permettant aux commerçantes d’accéder plus facilement aux ressources nécessaires.
Formalisation, un passage vers les opportunités
Dans les échanges, la question de la formalisation des activités a également occupé une place importante. Anastasie Chodaton a invité les acteurs encore dans l’informel à profiter des dispositifs mis en place par les autorités béninoises pour intégrer progressivement le secteur formel. Cette démarche constitue une condition essentielle pour bénéficier des programmes d’accompagnement du Gouvernement et des opportunités offertes par les institutions communautaires, a-t-elle indiqué. Par ailleurs, le député béninois Arifari Bako a encouragé les responsables des marchés à formaliser leurs préoccupations afin qu’elles puissent être portées devant les institutions compétentes. Il a notamment proposé l’élaboration d’une pétition qui pourrait être transmise au Bureau de l’Assemblée nationale pour permettre un plaidoyer institutionnel plus efficace. Le parlementaire a également insisté sur l’importance pour les commerçants de disposer des documents d’identification nécessaires pour faciliter leurs déplacements dans l’espace communautaire. Il a invité les acteurs économiques à mieux s’informer sur les outils existants afin de réduire les difficultés rencontrées aux frontières.
Des participants
Des engagements pour une meilleure intégration régionale
Chef de la délégation béninoise au Parlement de la CEDEAO, la députée Cécile Ahoumènou a assuré que les préoccupations exprimées par les commerçants seront prises en compte dans les conclusions des travaux. Elle a annoncé qu’une résolution sera adressée aux gouvernements et aux Chefs d’État de la Cédéao afin de renforcer les mécanismes favorisant la libre circulation et l’intégration économique. Pour sa part, le député sénégalais Guy Marius Sagna a insisté sur la nécessité de moderniser davantage les marchés africains. Saluant les infrastructures marchandes réalisées au Bénin, il a estimé que ces expériences doivent inspirer d’autres pays de la sous-région. L’élu sénégalais a également rappelé que les citoyens ont des droits mais aussi des devoirs, notamment celui de contribuer à l’effort collectif à travers le paiement des taxes et impôts. Il a par ailleurs plaidé pour une accélération de la digitalisation des procédures aux frontières afin de réduire les tracasseries et améliorer la fluidité des échanges commerciaux. Les préoccupations recueillies auprès des commerçants béninois devraient alimenter les recommandations finales de cette réunion délocalisée de Cotonou, avec l’objectif de rapprocher davantage les politiques communautaires des réalités vécues par les populations.




