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Didier Voitan à propos de la bibliothèque nationale du Bénin: « Elle peut devenir un moteur de savoir, de revenus, de fierté »

Didier Voitan à propos de la bibliothèque nationale du Bénin: « Elle peut devenir un moteur de savoir, de revenus, de fierté »

Longtemps considérée comme un simple lieu de conservation du savoir, la Bibliothèque nationale du Bénin pourrait devenir un véritable moteur de développement culturel et économique. Dans une chronique littéraire bien argumentée, le Professionnel du patrimoine culturel, documentaliste et chercheur en humanités numériques, également Expert en valorisation du patrimoine, tourisme culturel, archives et bibliothèques, Didier Voitan invite à s'inspirer de l'exemple de la Bibliotheca Alexandrina afin de transformer l'institution en un site touristique attractif, créateur de richesses, d'emplois et de rayonnement pour le Bénin. Lisez ci-dessous, l'intégralité de sa chronique littéraire.

Freud ADJAKOU

Chronique littéraire

La Bibliothèque nationale du Bénin : du sanctuaire du silence au carrefour du tourisme et de l'économie

Par Didier VOITAN

Longtemps perçue comme un lieu feutré, réservé aux chercheurs, aux étudiants et aux amoureux du livre, la bibliothèque nationale renvoie l'image d'un espace de conservation. Archives, ouvrages rares, mémoire collective : tout y dort dans le calme.

Et si ce calme devenait une force ? Dans un contexte où la culture s'impose comme levier de développement, la Bibliothèque nationale du Bénin peut changer de statut. Elle peut cesser d'être seulement un dépôt pour devenir un site touristique, un acteur économique et un ambassadeur du pays à l'international.

La Bibliotheca Alexandrina : quand le génie égyptien fait des devises

L'exemple le plus parlant se trouve à Alexandrie. Inaugurée en 2002, la Bibliotheca Alexandrina revendique l'héritage de l'ancienne bibliothèque de l'Antiquité. Elle est aujourd'hui à la fois un centre de recherche et un monument visité.

L'accès y est payant. Un touriste étranger débourse environ 150 EGP, soit 4,5 USD ou près de 3 000 F CFA. En haute saison, l'institution accueille en moyenne 2 000 visiteurs par jour. Sur un an, elle dépasse 800 000 entrées, un chiffre supérieur à celui de sites comme le Fort Qaitbay.

La billetterie seule pèse lourd. 800 000 visiteurs multipliés par 150 EGP donnent environ 120 millions EGP de recettes annuelles, soit 3,6 millions USD ou 2,2 milliards F CFA. À cela s'ajoutent les expositions temporaires, la boutique, les catalogues, les événements. La démonstration est faite : une bibliothèque peut être un temple du savoir et une entreprise culturelle rentable.

Et si le Bénin s'en inspirait ?

Le Bénin dispose d'atouts comparables. Manuscrits anciens, archives coloniales, trésors royaux, fonds littéraires : ces collections dorment souvent loin du regard du public. Les mettre en scène reviendrait à transformer un patrimoine invisible en attraction.

Quatre pistes concrètes se dégagent :

Des espaces d'exposition modernes pour présenter manuscrits, objets royaux et documents patrimoniaux avec muséographie et médiation.

Des visites guidées multilingues afin d'accueillir les touristes étrangers et de rendre lisible la richesse des fonds.

Des produits dérivés : catalogues, reproductions d'archives, objets artisanaux inspirés des collections.

Une intégration aux circuits touristiques aux côtés des musées, des palais royaux d'Abomey et des sites historiques du littoral.

Quel gain pour l'économie ?

Les retombées ne seraient pas uniquement culturelles.

D'abord, des recettes directes via la billetterie et les services annexes. Ensuite, des emplois : guides, agents d'accueil, médiateurs, artisans. Puis un effet d'entraînement sur l'hôtellerie, la restauration et le commerce de proximité autour de la bibliothèque. Enfin, une image du Bénin repositionnée, où la culture occupe une place centrale dans la stratégie de développement.

Faisons une étude estimative...

Avec une fréquentation deux fois moindre que celle d'Alexandrie, soit 400 000 visiteurs par an, et un billet fixé à 2 000 F CFA, la Bibliothèque nationale du Bénin pourrait générer près de 800 millions F CFA par an. En gros, ces projections montrent tout le potentiel économique de la Bibliothèque nationale.

Rendre la bibliothèque vivante

Le défi dépasse les chiffres. Il faut changer le regard. La bibliothèque doit sortir de l'austérité pour devenir un lieu de vie.

Des expositions temporaires sur les royaumes du Dahomey, sur les traditions orales ou sur les écrivains béninois pourraient attirer familles et scolaires. Des conférences, des festivals littéraires, des projections de documentaires renforceraient son attractivité. La bibliothèque deviendrait alors un centre de médiation, un pont entre les générations et un outil de transmission.

Un impact qui dépasse les murs

Cette transformation aurait un effet en cascade. Elle renforcerait l'éducation en donnant aux jeunes un accès valorisé au patrimoine. Elle stimulerait la recherche avec des ressources mieux financées. Elle accroîtrait le rayonnement international du Bénin en attirant chercheurs et curieux du monde entier. Elle diversifierait enfin l'économie en ajoutant le tourisme patrimonial aux secteurs porteurs.

En somme, la Bibliothèque nationale du Bénin n'a pas vocation à rester un simple garde-mémoire. Elle peut devenir un moteur : de savoir, de revenus, de fierté. Le pays est riche d'histoires, de traditions et de trésors qui méritent d'être montrés, expliqués et partagés.

La Bibliotheca Alexandrina l'a prouvé. Au Bénin, adapter ce modèle, c'est conjuguer mémoire et prospérité, et donner à la culture la place qu'elle mérite dans le développement national.

✍️ Didier VOITAN, Professionnel du patrimoine culturel, documentaliste et chercheur en humanités numériques. Expert en valorisation du patrimoine, tourisme culturel, archives et bibliothèques.

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