Après plusieurs mois de tensions internes et de divergences stratégiques, une partie des responsables du parti Les Démocrates a annoncé, ce vendredi 09 octobre 2026, sa démission collective de la formation politique. Devant les professionnels des médias, à l'occasion d'une déclaration publique, ces responsables, parmi lesquels l'ancien ministre Saliou Akadiri, les anciens députés Jude Bonaventure Lodjou, Eric Houndete et sept députés à l'Assemblée nationale, ont justifié leur décision par les désaccords sur la stratégie politique, la gestion interne du parti et les choix opérés à l'approche de l'élection présidentielle d'avril 2026. Une rupture qui ouvre une nouvelle séquence dans la recomposition de l'opposition béninoise.
S.A.A

Le divorce est désormais officiellement annoncé. Six ans après la création du parti Les Démocrates, une partie de ses membres fondateurs et de ses responsables a décidé de mettre un terme à son appartenance à la formation politique. Réunis ce vendredi 09 octobre 2026 au Chant d'oiseau de Cotonou et devant les médias, ces acteurs ont exposé les raisons d'une rupture qu'ils présentent comme l'aboutissement de divergences devenues, selon eux, insurmontables. À l'initiative de cette sortie médiatique, plusieurs responsables de la Coordination nationale, des députés et des coordonnateurs territoriaux. Selon les chiffres avancés par les intervenants, le groupe comprend une trentaine de membres de la Coordination nationale, sept députés, plus de 230 coordonnateurs d'arrondissement et plus d'une trentaine de coordonnateurs communaux. Les initiateurs annoncent également que d'autres démissions pourraient suivre dans les différentes structures du parti. Pour ces démissionnaires, la décision n'est ni improvisée ni dictée par un simple désaccord ponctuel. Elle serait plutôt l'aboutissement d'un malaise qui se serait progressivement installé au sein de la formation politique, jusqu'à compromettre leur capacité à poursuivre ensemble le projet initial.

Dans leur déclaration, les responsables démissionnaires reviennent sur le parcours du parti, créé en 2020 par des personnalités politiques issues de différents horizons, avec l'ambition de fédérer les forces de l'opposition. Ils rappellent notamment le résultat obtenu lors des élections législatives de 2023, au cours desquelles Les Démocrates avaient remporté 28 sièges à l'Assemblée nationale. Une performance qui avait consacré le parti comme une force parlementaire majeure de l'opposition. Mais, selon les signataires de la déclaration, les élections générales de 2026 ont marqué un retournement de situation. Ils soulignent l'absence de représentation du parti à l'Assemblée nationale et dans les conseils communaux, ainsi que l'impossibilité de présenter un duo à l'élection présidentielle d'avril 2026. Pour ces acteurs, ce recul électoral aurait dû provoquer une remise en question approfondie de la stratégie du parti et une mobilisation rapide de ses instances dirigeantes. Ils reprochent à la direction de ne pas avoir engagé, à leurs yeux, les réformes nécessaires pour tirer les enseignements de cet échec. La question financière est également évoquée. La fin du mandat des 28 députés aurait privé le parti d'une partie importante des ressources qui contribuaient jusque-là à son fonctionnement. Une difficulté supplémentaire qui, selon les démissionnaires, rendait d'autant plus nécessaire une réflexion sur l'avenir de la formation politique.
Au-delà des résultats électoraux, « les divergences portent surtout sur l'orientation politique à adopter dans un environnement institutionnel que les signataires estiment profondément transformé », a indiqué le Dr François Tchoka, qui a lu la note. La déclaration fait référence aux évolutions du cadre électoral, aux nouvelles exigences de représentation pour les élections présidentielle et législatives, à la révision constitutionnelle de novembre 2025 et à la création du Sénat. Autant de changements qui, selon eux, auraient nécessité une adaptation de la stratégie du parti. À la suite des élections du 11 janvier 2026, deux orientations se seraient ainsi opposées au sein de la formation politique. La première défendait une révision en profondeur de la stratégie et l'examen de possibilités de dialogue avec le candidat Romuald Wadagni. La seconde privilégiait le maintien d'une distance politique avant la présidentielle, tout en envisageant d'éventuelles discussions après le scrutin.

La question de la succession à la présidence du parti constitue un autre point de friction. Dans leur déclaration, les responsables rappellent que Boni Yayi a annoncé son retrait de la présidence le 3 mars 2026 pour des raisons de santé. Ils contestent ensuite la procédure ayant conduit à la désignation d'un nouveau responsable lors de la session ordinaire du Conseil national des 22 et 23 mars 2026. Le 26 mars 2026, certains membres du parti ont rejoint le Pacte républicain et choisi de soutenir le duo Romuald Wadagni-Mariam Chabi Talata, selon la déclaration. « Cette prise de position relevait d'un choix politique assumé, qui pouvait être discuté ou contesté sans nécessairement entraîner une rupture avec le parti », a fait savoir l'universitaire, le Dr François Tchoka, désormais ex-secrétaire adjoint, chargé des élections du parti. En annonçant leur départ, les responsables concernés disent vouloir assumer les conséquences de leur choix et en informer directement leurs militants, leurs compagnons de route et l'opinion publique. Ils préviennent que des démissions pourraient se poursuivre dans les structures communales, les arrondissements et à la base militante.




