C'est autour de tables colorées de rouge que l'association Barika a choisi de briser les silences sur les menstrues. Pour y arriver, elle a organisé, le jeudi 28 mai 2026, un brunch rouge, symbole fort d'une cause longtemps tue, celle de la dignité menstruelle. Le choix de la couleur rouge n'est pas anodin. Elle symbolise la vie, le sang et la résistance. À travers des échanges, des témoignages et des moments de convivialité partagés, le brunch rouge de Parakou a posé une pierre supplémentaire dans l'édification d'une société béninoise plus équitable, où chaque femme, chaque fille, peut vivre ses menstrues sans honte ni précarité. L'événement s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet Okũn, le fil rouge de la dignité, financé par l'organisation internationale Equipop et mis en œuvre dans deux villes du Bénin, notamment à Parakou et à Natitingou.
Les participants
L'association Barika, porteuse du projet, a fait le choix de l'audace en optant pour le format du brunch, convivial, ouvert, inclusif, pour aborder avec courage un sujet encore trop souvent relégué dans l'ombre : les menstrues et la précarité menstruelle. Selon son Président, Ayouba Orou Gounou Guéné, l'initiative s'inscrit dans le cadre de la Journée mondiale de l'hygiène menstruelle, célébrée le 28 mai de chaque année. « Je vous dis que cette thématique qui, pendant longtemps, a été un tabou, est une thématique qui est d'intérêt général, qui aborde les questions d'éducation, les questions d'égalité des sexes, les questions de violence, les questions communautaires et surtout les questions de santé publique. Et donc, en tant que communauté, en tant qu'acteurs de changement, nous devons agir pour briser le silence », a-t-il fait savoir. Ayouba Orou Gounou Guéné a réaffirmé l'engagement de son association Barika, celui de faire du cycle menstruel non plus une source de honte ou d'exclusion, mais un sujet de santé publique traité avec la dignité qu'il mérite.
La Troisième Adjointe au Maire Parakou aux côtés participants
Dans une communication, Goura Orou Wianso, Présidente de l'association Yonba, est revenue sur les nuances entre l'hygiène menstruelle et la dignité menstruelle. « La dignité menstruelle, c'est un concept qui parle des menstruations de manière holistique. Avant, on parlait d'hygiène menstruelle qui ne prenait en compte que la propreté, le côté accès aux soins et la lutte contre les infections qui peuvent survenir. Aujourd'hui, nous avons la dignité menstruelle qui prend en compte, et l'hygiène menstruelle, et aussi plusieurs autres volets qui sont la confiance en soi, le respect, la non-discrimination, la non-stigmatisation et le respect des droits des femmes et des filles », a-t-elle éclairé.
Les artistes invités
En présence des autorités locales et des représentants des Organisations de la Société civile, cette activité de plaidoyer entend donner de la voix à celles que les tabous font taire. La Troisième Adjointe au Maire de Parakou, Adizatou Arouna, a pris la parole lors de cette rencontre. Sa présence et son intervention ont marqué l'engagement des autorités locales aux côtés de la société civile dans ce combat pour la dignité des femmes et des filles. « Mon engagement, c'est vraiment de voir très rapidement comment créer un cadre de concertation au niveau local, c'est-à-dire au niveau de la mairie de Parakou, avec toutes les personnes ressources possibles, pour que périodiquement on en discute. Voir aussi périodiquement comment la mairie elle-même, avec ces personnes, pourrait organiser et mettre en place des initiatives qui vont contribuer à faire le travail de sensibilisation, d'information et bien d'autres », a-t-elle pris l'engagement.
Le projet Okũn poursuit son chemin. Le fil rouge de la dignité, lui, ne cesse de se tisser jour après jour.
Wilfried AGNINNIN




